Dimanche 30 novembre 2008

Seconde rupture dans notre histoire occidentale :

 

   La naissance et la diffusion du christianisme

        

         du Ier au IVe siècle.

 

Introduction.

 

  1. Importance d’avoir un enseignement sur les religions au début du XXIè siècle.

·                     En 1993, un intellectuel américain, Samuel P. Huntington, publie un livre dont le titre est Choc des civilisations. La thèse défendue par ce livre est qu’une opposition entre l’Occident chrétien et l’Islam est irréductible et qu’il fallait donc s’attendre à une guerre entre ces deux camps, guerre qu’il faudrait peut être anticiper un jour. Cette thèse connaît un succès mondial, poussée par des médias puissants. Elle séduit par sa simplicité.

·                     Lorsqu’en 2001, le président américain, George W. Bush, lance les Etats-Unis à l’assaut de l’Afghanistan après les attaques du World Trade Center par les islamistes d’El Qaida, il justifie cette guerre par la notion de croisade ou de guerre sainte. Tout se passe comme si Huntington avait raison : c’est bien un choc des civilisations chrétiennes et occidentales contre l’Islam.

·                     2006 : le pape Benoît XVI cite, dans un discours public, des paroles exprimées six siècles plus tôt (au XIVème siècle) par l’empereur chrétien de Constantinople, Manuel II Paléologue, à un savant musulman : «Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, telles que son ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prêchait.» Le pape prononça cette citation sans l’approuver ni la condamner, sauf dans la forme trop rude. Elle provoqua l’indignation dans le monde musulman  car elle confortait l’idée d’un Islam qui en serait resté à l’état d’une religion agressive, incapable, contrairement au christianisme, de se moderniser et de favoriser la paix du monde. Huntington semble, de nouveau, avoir raison.

 

Mais Huntington a tort : il n’y a  pas un Islam mais des  Islam liés aux différentes sociétés musulmanes. De même que les chrétiens ont largement utilisé la violence au nom de leur religion à certains moments de l’histoire puis l’ont délaissée à d’autres moments, les musulmans font de même. Les religions sont des phénomènes historiques et, comme tous les phénomènes historiques, elles évoluent et dépendent des sociétés dans lesquelles elles se situent.

 

Il faut donc parler religion en toute laïcité car l’ignorance, les idées fausses, faussement simplifiées, laissent l’élève vulnérable face aux tentatives de manipulation de toutes sortes.

Connaître la religion qui fait partie de la culture de la personne qui vit près de nous est une façon de mieux connaître cette personne.

 

2.    Qu’est-ce qu’une religion ? Comment les religions se présentent ? 

Question adressée aux élèves. Ils utiliseront peut être davantage des notions qui relèvent de l’identité que du divin.

Propositions de réponses car une religion est un ensemble complexe.

·                     Les religions expliquent le monde et l’homme dans le monde.

-         Toutes les religions apportent des réponses aux angoisses des hommes et donnent une explication sur les problèmes de la vie et de la mort, du commencement du monde, du bien de du mal.

-         Elles proposent des croyances structurées : c’est le dogme auquel le fidèle doit croire. Le judaïsme, l’Islam et le christianisme repose sur la croyance en un seul dieu. Ce sont des religions monothéistes.

Exemple avec le judaïsme: le 2ème des 10 commandements de Moïse  « Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi »

Exemple avec l’Islam : le Shahada, premier pilier de l’Islam. C’est cette formule à prononcer : « Je témoigne qu'il n'y a pas d'autre dieu qu'Allah et que Muhammad est son messager. »

·                     Le dogme est évolutif :

Exemple : le 2ème commandement a d’abord été interprété par les juifs comme le fait de se consacrer à un dieu mais sans nier l’existence des autres dieux d’autres religions. Ce n’est que beaucoup plus tard que les juifs ont interprété ce commandement comme l’ordre de nier qu’il puisse exister d’autres dieux que YHWH (le tétragramme de 4 consonnes qui rend imprononçable le nom de dieu).

Exemple : le christianisme s’est divisé en plusieurs courants : orthodoxie, catholicisme, protestantisme. L’Islam a fait de même : le sunnisme et le chiisme. Pareillement, le judaïsme est divisé en traditions: ashkénazes, séfarades et judéo-arabes. 

·                     Toute religion se manifeste dans l’espace public à travers un culte, c’est-à-dire des pratiques réalisées par le fidèle et encadrées par des professionnels du culte que l’on nomme clergé.

Exemple avec le clergé catholique qui est très hiérarchisé avec au sommet le pape, entouré d’un conseil de gouvernement, la Curie, à Rome.

Exemple avec les imans et les muftis musulmans

Comme le dogme, le culte varie dans le temps :

Exemple : par exemple les chrétiens jusqu’au xie siècle priaient debout les bras ouverts puis ils se sont agenouillés, les mains jointes.

Exemple : au XXè siècle, on invente les messes en plein air, les messes chantées et dansées.

·                     Les religions encadrent la vie quotidienne des hommes et quadrillent le territoire.

Exemple : la ville musulmane est dominée par ses minarets et la ville chrétienne par ses églises.

Exemple : le son des cloches ou l’appel à la prière du muezzin sont là pour diviser religieusement le temps de la journée.

Exemple : les pèlerinages divisent le temps de vie d’un fidèle. Pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ou le Hajj qui est le pèlerinage à la Mecque.

Exemple : le baptême, la communion, le mariage, circoncision, mort : la vie est ainsi encadrée, divisée en étapes et en rendez-vous religieux.

Exemple : les interdits et les obligations alimentaires, sexuels, vestimentaires encadrent le mode de vie du fidèle.  La querelle du voile islamique est très moderne. L’Islam voile les femmes mais de manières très différentes selon les régions. D’ailleurs, l’Islam n’est pas la seule religion à voiler les femmes. Ce n’est que très récemment, au XXè siècle et en Occident, que les sociétés ont accepté de ne pas punir moralement ou pénalement les femmes car elles considéraient traditionnellement le fait de dévoiler sa chevelure comme une attitude impudique.

 

Conclusion : les religions sont avant tout le reflet des sociétés qui les portent et les font vivre. La même religion se vit donc différemment d’un lieu à l’autre. Le catholicisme n’est pas le même aux Philippines, au Brésil ou en France, l’islam n’est pas le même en Arabie Saoudite, en Turquie, en Indonésie ou en France. Les obligations ne sont pas suivies de la même manière partout, le fidèle s’octroie des libertés selon la société dans laquelle il vit, et selon sa propre manière de vivre sa religion : combien de jeunes catholiques occidentaux appliquent l’abstinence avant mariage que leur recommande le pape ?

 

1ère partie. Le judaïsme élabore peu à peu une rupture fondamentale qui sera reprise par le christianisme et l’islam : le monothéisme.

 

1.  Dans l’antiquité, le polythéisme est universel.

·                     Les religions du monde méditerranéen sont polythéistes.

·                     Face aux mystères qui les dépassent, les hommes inventent des forces extraordinaires qui permettent de les expliquer. Ils sont ainsi persuadés que l’ordre du monde ne dépend pas d’eux ou des animaux mais de forces mystérieuses.

·                     Ils tentent d’entrer en communication avec elles et, pour cela, ils ont traité chaque force comme un être surhumain, individuel. Ils se sont efforcés d’amadouer ces forces en tentant de les connaître et de leur offrir ce qu’elles pourraient aimer. D’où l’importance des rites (des paroles, des gestes et des offrandes) pour entrer en rapport avec elles.

·                     Exemple : le rite de la naissance en Grèce au cours duquel le nouveau-né est présenté à la déesse protectrice du foyer familial, Hestia. L’enfant est promené autour du feu  au centre de la maison puis posé au sol près du foyer, là où le sol de la maison, propriété du père rejoint le foyer, lieu de présence de la déesse. Cette force divine, censée veiller sur la famille, reçoit donc, et avec tous les égards, la présentation d’un nouveau membre de cette famille.

·                     Il y a donc une très grande proximité entre la vie quotidienne des hommes et la présence des dieux, même si certains rites demandent de passer par des obligations rituelles de purification réservées aux prêtres comme c’est le cas ici :

 

·                     L’idée d’empereurs divinisés vient en conséquence de cette pensée polythéiste : pour ces empereurs, se dire d’essence sacrée, à mi-chemin des hommes et des dieux, leur permet de renforcer leur pouvoir même s’ils endossent des responsabilités comme celle qui conduit le pharaon de l’Egypte ancienne à relancer rituellement la course solaire par une course autour du temple dieu au soleil. Empereur et dieux sont associés pour reproduire les cycles qui animent le cosmos.

 

2.  Le monothéisme juif et ses conséquences

 

 

·                     Le monothéisme n’est pas le passage d’un grand nombre d’éléments (les dieux) à leur somme dans une unité (un dieu). Le monothéisme juif qui finit par s’imposer dans le peuple juif, constitue une rupture fondamentale dans la conception même de la divinité et dans les rapports des hommes à cette divinité. Dans la pensée juive, Dieu est, contrairement au polythéisme, hors du créé, hors du cosmos. Il est donc, non seulement unique, mais inconcevable, au-delà du créé qu’il a généré, infigurable. Sur la sculpture présentée ci-dessus, Dieu n'est pas représenté; il est à l'extérieur du cadre architectural, c'est-à-dire du monde; la main qui surgit du mur n'est pas la sienne mais une main postiche qu'il utilise pour donner à Moïse l'ordre de libérer son peuple des mains du Pharaon et de le mener vers une terre promise.

·                     Il laisse donc l’homme incapable de l’approcher avec une proximité suffisante. De la distance absolue entre homme et dieu découle l’impossibilité pour les hommes de sonder les idées de dieu. Dans le polythéisme, on sait parler et faire ce qu’il faut pour plaire, amadouer les dieux ; ils sont face aux hommes, près d’eux, dans l’ordre du monde. Mais là, dans la pensée monothéiste juive, dieu est imprévisible. Les hommes sont sans certitude sur ses buts. D’où une inquiétude fondamentale. 

·                     Dieu, placé hors du monde, laisse donc l’homme seul propriétaire de la nature qu’il peut utiliser à son profit.

·                     Le rôle de prophète prend un sens : c’est un homme quelconque que dieu charge d’une mission en son nom. Exemple : Moïse accepte de prendre la direction du peuple juif et de le conduire hors d'Egypte. C'est le mythe du buisson ardent représenté dans l'image ci-dessus par un sculpteur. Le miracle d'un buisson qui brûle sans se consummer (dans le coin droit de l'image) attire l'attention du berger Moïse qui est alors interpellé par Dieu et chargé de cette mission.

·                     Ce dieu unique et universel ne se fait connaître que par un seul peuple, le peuple juif. Il passe une alliance avec ce peuple, une alliance donc exclusive. Exemple : il demande à Moïse de conduire le peuple juif hors d’Egypte vers une terre promise. Le mythe de la traversée de la Mer Rouge ou la reception par Moïse de la Table de Loi (les 10 commandements) scandent les rapports entre les juifs et leur dieu.

 

 

 

·                     Les symboles de cette alliance exclusive entre le créateur du monde et un des peuples de la Terre sont la circoncision pour les sujets mâles, le chandelier à sept branches et la kippa qui renvoient tous à la présence invisible de ce dieu et à la fidélité des croyants.

 

 

 

Le temple de Jérusalem est pour les juifs le centre du monde et un lieu de pélerinage pour les juifs de Palestine et  pour ceux qui sont éparpillés tout autour du bassin méditerranéen. La photographie ci-dessous représente le mur des Lamentations,qui est tout ce qui subsiste de ce temple. En 70 après J.-C. les Romains le détruisirent.  

 

 

·                     Les empereurs divinisés ne sont donc plus acceptables par les juifs. Or les Romains soumettent la Palestine en 63 avant J.-C. et tous les sujets de l’empire doivent participer au culte de l’empereur.

 

 

·                     La Bible hébraïque est le livre sacré des juifs. Ce sont des récits oraux qui furent mis par écrits par des scribes juifs sur une très longue période, entre le Xè/IXè siècle et le Ier siècle avant J.-C. Dans la première partie de cette bible, la Torah, on peut distinguer la Genèse qui pose les vérités bibliques sur la création du monde, de l’homme et de la femme. Puis vient l’histoire des patriarches, ces chefs du peuple juifs comme Abraham ou Moïse.

 

 

 

 

 

 

Par france - Publié dans : Histoire
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