Mercredi 2 juillet 2008

3ème partie. Qu’est-ce qu’un citoyen ? Quelles sont les limites de cette expérience démocratique ? 

 

1. La notion de citoyenneté repose sur des conditions très restrictives, sur des droits importants et sur des devoirs.

·                     Conditions : pour être citoyen athénien, il faut être né de père et de mère athéniens, être de sexe masculin et être âgé de plus de dix-huit ans.

·                     Les droits sont ce qui fait l’exceptionnelle originalité de cette expérience de démocratie directe : seuls, les citoyens participent à la vie politique de la cité

·                     En échange, ils ont des devoirs : la défense de la cité et, pour se préparer à la guerre, le jeune Athénien effectue entre 18 et 20 ans un service militaire, l’éphébie. Ils versent un impôt pour armer la flotte et participer à la vie religieuse. Les plus riches ont des charges supplémentaires : ils versent plus d’argent pour l’armement et les fêtes.

·                     A côté de la Pnyx et de l’Agora, il y a deux autres lieux importants, symboliques de la notion de citoyenneté:

-         le cimetière public du Céramique : il doit son nom aux artisans potiers installés non loin du cimetière. Tous les soldats morts au combat y sont enterrés sans distinction de classe sociale. C’est une façon de reconstituer et de célébrer l’unité du corps civique : ce sont des soldats-citoyens qui sont honorés. 

-         L’Acropole n’est pas le domaine des citoyens comme la Pnyx ou l’Agora mais le domaine des dieux. L’Acropole est la colline la plus haute d’Athènes où ont été construits les plus importants temples de la Grèce, en particulier le Parthénon dédié à la déesse protectrice de la cité, Athéna. Cet ensemble architectural est là pour rendre hommage aux dieux protecteurs de la cité et pour montrer aux autres cités grecques ainsi qu’aux Athéniens la puissance d’Athènes. La politique et la religion sont donc intimement mêlées.


Commentaire: cette reconstitution date du XIXè siècle. Elle met en valeur l'aspect spectaculaire de cet ensemble architectural. Elle montre une entrée unique par un grand escalier par lequel piétons, char et cavaliers gagnaient l'Acropole au moment des grands sacrifices. La statue d'Athéna en bronze est dominante au-dessus de l'entrée des Propylées (voir photographie).

Commentaire: le Parthénon fut construit de 447 à 438 pour abriter une immense statue d'Athéna en or et ivoire sculptée par Phidias.


C’est à la fête des Panathénées que la cité refait son unité autour du culte rendu à la déesse Athéna. En juillet-août, toute la population de la cité, citoyens, femmes, enfants,  étrangers se rassemblent dans une procession qui, partant du Céramique gagne l’Acropole. Musiciens, porteurs d’offrandes, prêtres, magistrats, cavaliers, sacrificateurs conduisent les bœufs aux sacrifices. La viande des animaux sera partagée entre les participants. Des compétitions sportives sont organisées : l’art, la religion, le sport, la fête, tout concourt à renforcer le sentiment d’appartenance à une unité politique : la cité.

-         C’est à Athènes que naît au Vè siècle le théâtre.  De grands auteurs, de tragédies, comme Eschyle, Sophocle,  Euripide, ou de comédies, comme Aristophane,  présentent leurs pièces lors des Grandes Dionysies données en l’honneur du dieu Dionysos. Le théâtre est creusé sur le flanc sud de l’Acropole et là encore, le théâtre est une affaire civique : tous les acteurs sont des citoyens. Les plus riches des citoyens financent les pièces. La cité accorde une indemnité aux plus pauvres pour qu’ils puissent assister.




La citoyenneté s’exprime donc à l’Acropole,  dans ces grandes fêtes religieuses et civiques qui réunissent et font participer tous les citoyens
. 

 

2. Mais est-ce une démocratie pour tous ?

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Le corps des citoyens rassemble 40 000 hommes sur une population totale de 400 000 personnes. La grande majorité est donc composée de non-citoyens qui n’ont aucun droit politique. Les femmes sont exclues de la vie politique alors même qu’elles peuvent être athéniennes et qu’elles transmettent dans ce cas la citoyenneté à leur fils. Elles ne disposent pas librement de leurs biens et ne peuvent aller seules en justice. Elles contribuent pourtant activement aux fêtes religieuses. Les étrangers (métèques), marchands ou artisans, participent aux cérémonies religieuses, défendent la cité mais n’ont pas de droit politique. Les esclaves sont exclus de tous les domaines de la vie communautaire. Ils sont considérés comme des marchandises que l’on vend, achète et même loue. Ils participent pourtant activement à l’économie athénienne et permettent aux citoyens d’avoir le temps libre pour participer à la vie politique.





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Les plus riches dominent la vie politique par plusieurs moyens. Grâce à leur fortune, les riches disposent du temps nécessaire à l’activité politique : es plus hautes magistratures, comme les stratèges,  demandent un travail à plein temps sur un an. De plus, les familles riches ont donné à leurs fils l’éducation solide nécessaire pour faire de la politique et gérer les affaires de la cité. En particulier, dans cette société où le pouvoir relève de la parole, de l’art de convaincre en utilisant la parole à l’Ecclésia, à la Boulê, à l’Héliée, la maîtrise de la rhétorique (art de convaincre) demande de très bons professeurs et une culture que ne peuvent s’offrir que les plus riches. Ainsi, ils parviendront à imposer leurs idées aux autres citoyens. La démagogie est la capacité des hommes politiques habiles à flatter les citoyens à l’Ecclésia et à les manipule, par le biais de la parole, en fonction de leur ambition et non pas des intérêts de la cité.

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Les paysans forment la majorité des citoyens mais leurs occupations quotidiennes et l’éloignement de la ville d’Athènes les empêchent de se rendre régulièrement à l’Agora ou à la Pnyx. Ils ont donc peu d’influence. L’indemnité versée pour se rendre à l’Héliée ou à la Boulê (le misthos) avantage les pauvres et corrige, mais dans une certaine mesure seulement, cette inégalité politique.

 

Conclusion de la seconde partie.

·                     La cité d’Athènes a inventé la démocratie au terme d’un long processus. Le pouvoir politique, longtemps réservé aux aristocrates dans l’oligarchie, a été mis en commun plus largement et sans tenir compte des classes sociales. Des citoyens pauvres ont pu participer plusieurs fois dans leur vie au pouvoir politique. La notion de citoyenneté est une invention capitale pour l’histoire de l’Occident.

·                     Mais la démocratie est fondée sur l’exclusion d’une énorme partie de la population et elle fonctionne largement au profit d’une élite.

 

 

 


Par france - Publié dans : Histoire
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