Mardi 1 juillet 2008

1ère rupture majeure de notre histoire: la naissance de la démocratie à Athènes au Vè siècle avant Jésus-Christ.

 

 

 

 Plan du cours :

- Introduction

- 1ère partie : comment cette expérience unique a-t-elle pu être réalisée ?

- 2ème partie : comment fonctionne la démocratie athénienne

- 3ème partie : qu’est-ce donc qu’un citoyen et quelles sont les limites de cette démocratie ?

 

                            

                                                                    

         .COURS

 

INTRODUCTION.

 

  •        Pour la première fois dans l’histoire, une communauté expérimente la mise en commun des décisions politiques : c’est le premier exemple connu de ce qu’on nomme « démocratie ».

- Définition de la notion de politique : est politique tout ce qui touche à l’organisation de vie d’une communauté. Les lois sont les règles d’organisation de cette communauté.

- Définition de ce mot de démocratie dont l’étymologie est grecque : la démocratie est un régime politique dans lequel le peuple (« démos » en grec) a le pouvoir (« kratos »). On dit alors que le peuple est souverain.

 


·                   Cette expérience est unique : les autres régimes politiques sont, à cette époque, des tyrannies (une tyrannie : un Etat aux mains d’un homme qui a pris le pouvoir politique par la force), des monarchies (le pouvoir appartient à un roi qui le transmet par les liens familiaux) ou des oligarchies (étymologie grecque. Oligos signifie peu nombreux. Une oligarchie est donc un régime politique dans lequel le pouvoir appartient à un petit nombre de personnes)


      .              C'est donc à Athènes, il y a vingt-cinq siècles de cela, que les hommes ont expérimenté les idées de citoyens, d'égalité, de responsabilité collective, de partage des décisions politiques.  

 

·             Cette expérience de la démocratie ne s’est pas réalisée sans lutte sociale, sans crise violente. La démocratie résulte donc d’une construction risquée, de solutions imaginées par les Athéniens pour surmonter ces crises.

 


               *                    L'expérience démocratique est aussi très fragile.
- car elle dure peu de temps. Née à la terminaison du VIè siècle, en 506 avant Jesus Christ, elle se termine en 338, dans la deuxième moitié du IVè siècle, lorsqu'un roi du nord de la Grèce (Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand) la soumettra.
- car elle n'a rien de naturel. Son fonctionnement repose sur des équilibres fragiles, précaires. Elle est soumise à des tensions permanentes et des risques de dysfonctionnement.

 



                                  Commentaire.
Cette frise chronologique indique la caractère éphémère de la démocratie: un siècle d'apogée. Elle mentionne des noms d'Athéniens célèbres que l'on retrouvera dans le cours: Clisthène et Périclès qui contribuèrent avec Solon à l'édification de la démocratie athénienne.
La période colorée en bleu qui précède et prolonge la démocratie renvoie à des régimes politiques oligarchiques ou tyranniques.
Les guerres médiques ont opposé les Grecs aux Perses d'Asie centrale qui tentaient d'envahir la Grèce. Athènes prit la tête de la coalition des Grecs et une grande part de la responsabilité de la victoire.
La guerre du Péloponnèse, qui marque la fin de la démocratie, est une guerre qui oppose les deux principales cités de la Grèce antique: Sparte contre Athènes. La guerre se termine en 404 avec la défaite d'Athènes et la fin de la démocratie.




Plan du cours :

- 1ère partie : comment cette expérience unique a-t-elle pu être réalisée ?

- 2ème partie : comment fonctionne la démocratie athénienne

- 3ème partie : qu’est-ce donc qu’un citoyen et quelles sont les limites de cette démocratie ?

Objectifs de ce cours:

 

 

 

1ère partie : comment l’expérience démocratique a-t-elle pu être réalisée ?

 

1. La Grèce est divisée en micro-Etats indépendants.Ces micro-Etats sont appelés "polis" en grec, ce mot étant traduit par le mot de "cité".Une cité ou "polis" est composée de trois éléments: un territoire de petite taille, une communauté attachée à ce territoire et une ville-capitale concentrant les pouvoirs de commandement.
Commentaire. Thèbes en Béotie, Sparte dans le Péloponnèse, Corinthe sont des cités, c'est-à-dire des micro-Etats centrés sur la ville. Le territoire de la cité d'Athènes a été mis en valeur sur cette carte par des hachures et par le nom d'Attique.



2. Athènes en est un exemple. La cité d’Athènes, ce n’est donc pas seulement la ville d’Athènes et son port, Le Pirée, mais tout le territoire qui l’entoure avec ses villes, ses villages, ses campagnes cultivées et ses montagnes. Cela représente environ 300 000 à 400 000 habitants.

Commentaire. La cité d'Athènes est un petit territoire de la taille du Luxembourg qui regroupe, dans un même sentiment d'appartenance à une communauté ,les habitants des campagnes de l'intérieur, des villages comme celui de Marathon ou de la ville d'Athènes.

3. Mais la société est très inégalitaire : des paysans pauvres, sans terre, travaillent pour quelques riches familles. Lorsque la récolte est trop insuffisante pour payer les propriétaires de la terre, ils sont contraints de s’endetter en mettant leur propre personne en gage : ce « gage sur corps » fait d’eux et de leurs familles des esclaves. Les mouvements de révolte se multiplient

4. Ces grandes familles riches contrôlent le pouvoir politique. Le régime politique de la cité d’Athènes est donc une oligarchie. Ces familles puissantes se retrouvent dans une assemblée qui se réunit à Athènes, sur la colline de l’Aréopage. On qualifie cette classe sociale du nom d’aristocratie : mot d’origine grecque composé de  « aristoi », les meilleurs et « kratos », le pouvoir de dominer. L’aristocratie rassemble les plus riches qui contrôlent le pouvoir politique. 

5.  En même temps que les paysans s’appauvrissent, une nouvelle classe se développe : les artisans et commerçants du Pirée (port d’Athènes) qui s’enrichissent avec le développement du commerce. Ils sont suffisamment riches pour s’acheter des équipements d’hoplites (un hoplite est un guerrier équipé de bouclier, épée, lance, cuirasse et qui combat côte à côte avec les autres hoplites de la cité). Les artisans devenus hoplites pour défendre la cité font directement concurrence à l’aristocratie dont la guerre était l’apanage. Les nouveaux citoyens-soldats réclament du pouvoir.


Commentaire. Cette peinture sur céramique représente quatre hoplites et deux cavaliers de part et d'autre des hoplites. Les hoplites, lourdement chargés avec leurs boucliers, leurs lances et leurs cuirasses, forment des lignes de combat dans lesquelles l'initiative individuelle est proscrite: chacun est lié aux autres et tous avancent à l'unisson. Les cavaliers les protègent sur les côtés comme sur le vase.

6. Les changements politiques sont inévitables : ils se feront par l’intermédiaire d’hommes politiques athéniens conscients qu’il faut partager le pouvoir pour maintenir l’unité de la cité. La démocratie athénienne est née comme une réponse possible aux contradictions sociales qui mettent la cité en tension. Les plus importants de ces hommes politiques se nomment

·                     Clisthène, issu d’une grande famille riche commence vers 508 à faire évoluer l’oligarchie vers un système démocratique

·             Périclès, lui aussi issu d’une famille riche, renforcera l’organisation de la démocratie au milieu du Vème siècle.

 

2ème partie. Comment fonctionne la démocratie athénienne ? 

Voici le plan de la ville d'Athènes: la vie politique se joue dans 3 lieux principaux: la colline de la Pnyx, la place appelée Agora et le domaine des dieux:la colline de l'Acropole. 

 




1. Le premier lieu important dans la vie politique athénienne est la Pnyx. Sur cette colline située au centre de la ville d’Athènes, les 30 à 40 000 citoyens de la cité d’Athènes se rassemblent. Cette assemblée porte le nom d’Ecclésia.


·                     Ils décident des lois en votant à main levée et à la majorité. Tous les citoyens ont le droit de prendre la parole et de proposer une motion, c’est-à-dire une proposition qui sera discutée en public, sur la Pnyx, puis votée. Les citoyens travaillent donc en commun et sans passer par des intermédiaires : c’est une démocratie directe. En France, aujourd’hui, les lois ne sont pas votées par les citoyens mais par leurs représentants, les députés : c’est une démocratie indirecte.




·                     L’Ecclésia peut voter le bannissement d’un citoyen, c’est-à-dire son exil hors de la cité. La décision judiciaire se fait par un vote. Elle porte le nom d’ostracisme, ce nom venant du morceau de céramique (l’ostracon) sur lequel le nom de la personne que l’on souhaite expulser est inscrit.

·                     Les citoyens athéniens désignent également les 700 magistrats de la cité. Un magistrat est un citoyen qui gère un secteur de la vie politique de la cité.

-         Exemple de magistrature : les stratèges. Ce sont les magistrats les plus importants. Ils sont 10 et sont élus pour un an par l’Ecclésia. Ils commandent l’armée, font appliquer les lois et organisent les relations avec les cités voisines. Ils ont donc un pouvoir militaire, un pouvoir exécutif et s’occupent de la politique extérieure de la cité. Périclès a été réélu stratège pendant une dizaine d’années entre 451 et 429 av. J-C.

-         Autre exemple de magistrature : les archontes. Ils président les fêtes religieuses au cours desquelles la cité se place sous la protection des dieux. Ils sont tirés au sort parmi les citoyens de l’Ecclésia.

-         Tous les magistrats, à la fin de leur mandat, doivent rendre des comptes devant l’Ecclésia.

 

2. Second lieu important : l’Agora. L’agora est la grande place au centre de la ville d’Athènes. Deux institutions politiques y sont installées.



Commentaire: l'agora est un centre politique et religieux mais aussi commercial: des marchés se tiennent sur la place mais aussi des compétitions sportives ou des banquets et des fêtes. C'est le lieu le plus animé de la ville.


 
·                     La Boulê est une assemblée de 500 citoyens.

-         Elle recueille les propositions de lois présentées par les citoyens et prépare les projets de lois qui seront discutés et votés à l’Ecclésia. Elle veille à l’application de ces lois en surveillant l’action des magistrats. Ces 500 citoyens sont tirés au sort à raison de 50 citoyens par tribu.

-         Le territoire de la cité a été divisé par Clisthène en 3 secteurs : le littoral, la ville d’Athènes et l’arrière pays. La population de la cité, elle, a été divisée en 10 tribus, chacune comportant une part des 3 secteurs géographiques. L’institution de la tribu vise donc à mêler des citoyens de conditions sociales et économiques différentes (riches marchands et artisans d’Athènes, paysans pauvres des montagnes de l’intérieur, pêcheur du littoral). Ce qui accroît la cohésion de la cité. A la Boulê, les différentes classes sociales associées dans une tribu, vivant dans des lieux différents et ayant donc des points de vue différents sur l’intérêt de la cité sont ainsi coresponsables, dans la Boulê, du fonctionnement politique et des intérêts de la cité.

Commentaire. L'exemple de la tribu, qui porte le numéro X sur la carte, illustre cette mise en commun des intérêts de gens vivant dans des endroits différents ou éloignés et qui doivent, puisqu'ils appartiennent à la même tribu, tenir rang commun et assurer les mêmes responsabilités politiques.

·                     L’Héliée est un ensemble de tribunaux.

-         6000 citoyens sont tirés au sort chaque année pour remplir la tâche de juge. Ces tribunaux sont donc populaires, c’est-à-dire que la justice est rendue par les citoyens eux-mêmes.

-         Ces tribunaux ont une grande influence car ils examinent les plaintes des citoyens contre les lois et ceux qui en sont l’auteur ; ils traitent les accusations portées contre les magistrats ; ce sont également eux qui vérifient les comptes des magistrats à leur sortie de charge.

-         Le procès se déroule en 3 temps rythmés par une horloge à eau, la clepsydre.



La première mesure d’eau est consacrée à l’accusateur qui présente oralement ses arguments, la seconde à l’accusé qui se défend, la troisième, aux juges qui ont écouté les deux parties.  Ils se prononcent pour la culpabilité ou l’innocence de l’accusé, par un vote secret, selon leur propre conscience, sans se concerter avec leurs collègues. Le procès est donc comme à l’Ecclésia un combat par la parole. Le verdict des juges est sans appel.

 

                        



                         Conclusion de la seconde partie.

 

Le fonctionnement de cette micro-démocratie repose sur 3 principes :

·                     Le peuple des citoyens est souverain : la démocratie est directe dans les assemblées (Ecclésia, Boulê, Héliée)

·                     Les institutions assurent une participation égale des citoyens à la vie politique. Chacun, quelque soit sa situation sociale, peut prendre la parole à l’Ecclésia, y proposer des lois. La durée courte des mandats (un an pour les magistrats, les membres de la Boulê et de l’Héliée) donne une chance réelle à tous les citoyens de participer souvent aux charges politiques. Le tirage au sort donne une chance égale à tous les citoyens, quelque soit leurs avantages.

·                     Le contrôle des magistrats par l’Héliée et la Boulê, la durée brève de leur mandat a pour but de garantir la sécurité de la démocratie, c’est-à-dire d’éviter que le pouvoir soit peu à peu contrôler par quelques familles (oligarchie) ou par un homme (tyran)

 

 




 

 

Par france - Publié dans : Histoire
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